Craquements et fissures dans l’édifice de l’Etat profond et de l’Etat public

Craquements et fissures dans l’édifice de l’Etat profond et de l’Etat public.

Par Ettougourti Mohamed Ali

Toute la Tunisie a suivi, sur les réseaux sociaux et les chaines de télévision, avec stupeur et consternation, les actes terroristes que des bandits indignes de porter l’uniforme de la police ont commis à l’enceinte même du tribunal de première instance de Ben Arous.

Les hors la loi ont roulé des mécaniques au sens propre et figuré. Ils ont utilisé du matériel de l’état pour le retourner contre l’Etat. Des armes et des voitures de service ont été utilisées pour bafouer l’autorité de l’état, pour semer la terreur dans un lieu de justice et d’équité, pour faire triompher la force et le non droit dans un lieu dédié au triomphe de la loi, de la justice et de l’équité.

Nos « valeureux policiers » ont fait une démonstration de force, qui s’est avéré une démonstration de faiblesse, de manque de professionnalisme, une rébellion  caractérisée que le procureur de la république du tribunal de Ben Arous doit impérativement poursuivre.

Mais dans notre Tunisie actuelle l’édifice de l’état craque de partout. Notre bateau ivre prend de l’eau de partout..

Le ministre de l’intérieur ne semble pas se soucier outre mesure du grave forfait commis par ses poulains. Il croit sans doute que la démonstration de force lui profiterait en dernière analyse. Il doit penser pouvoir en tirer lui aussi une force dissuasive de nature à  décourager toutes les bonnes volontés soucieuses de la bonne application de la loi, soucieuses de faire triompher le droit, soucieuses de l’avenir du pays, de l’avenir des enfants de ce pays.

La rébellion de certains de nos policiers, brebis galeuses égarées, s’est avérée enfin de compte un signe symptomatique de perte du pouvoir absolu.

Car Il est bien révolu le temps ou notre police toute puissante jouissait d’une totale impunité. Certains de nos policiers, les plus puissants, et certains de nos juges, les plus en vue, étaient en collusion criminelle, formaient une entente de malfaiteurs, une coterie de malfrats, au sein de ce qu’on peut appeler l’Etat profond, en fraudant les droits des citoyens.

Que certains de nos policiers, fussent obligés d’agir au grand jour, d’user de la force brute pour protéger leur privilège d’être au-dessus des lois, ceci ne peut être interprété que par une perte de puissance. ceci doit présager à notre grand soulagement le commencement de la fin de l’entente mafieuse qui régnait d’antan entre la police et la justice, ceci montre que nos juges ne craignant plus ni pour leur sécurité ni pour leur carrière sont déterminés à faire honnêtement leur travail et appliquer la loi à l’encontre des policiers et tout autre personne aussi puissante qu’elle puisse être.

Si les craquements se font entendre dans l’édifice de l’Etat profond, les fissures sont malheureusement apparentes aussi dans l’édifice de l’Etat public.

 Aucune réaction de la part des milieux officiels, le gouvernement ne semble pas indigné par ce qui s’est passé, la présidence non plus.

Le ministre de l’intérieur ne semble pas pressé de démissionner.  

On a vu même un représentant du peuple à l’assemblée jouer à l’avocat du diable et défendre l’indéfendable.

Sa prestation fut médiocre, même inspiré par le diable, il s’est avéré un piètre avocaillon.

Le conseil supérieur de la magistrature, le conseil de l’ordre des avocats, et même certains syndicats de police ont réagir et condamné le « raid » contre le tribunal de Ben Arous. Voilà des éléments positifs qui nous laissent croire que tout n’est pas perdu pour notre pays.

Nous nous autorisons toutefois une remarque à l’attention des membres de l’association des magistrats qui vient de déclarer une journée de protestation, un jeudi noir, où il est question de…retarder les ouvertures des audiences de deux heures.

Pourquoi faut-il que le bon peuple, le justiciable, paye toujours pour les fautes des autres. Pourquoi faut-il que le justiciable supporte toutes les sanctions  in fine ?

La journée de protestation est une journée de colère selon les termes du communiqué en arabe.                      Faut-il rappeler à nos illustres magistrats que la justice n’a pas d’états d’âme.                                                           Elle ne connait pas la  colère, ni l’envie, ni la vengeance, ni la passion, elle ne proteste pas, ne rouspète pas, ne gémit pas, ne faiblit pas, elle est sereine, elle est calme, elle applique la loi envers et contre tous.

Nous exhortons notre valeureux parquet, qui reste le  meilleur garant de notre intégrité physique, qui est le meilleur rempart contre l’injustice, de poursuivre les policiers rebelles. Sans esprit de revanche , sans colère, il s’agit tout simplement d’appliquer la loi.

Pour les avocats qui se déclarent mobilisés pour défendre la justice tunisienne. Je leur demande de ne pas attendre d’être mandatés pour agir. Ils peuvent le faire en tant que simples citoyens en déposant des plaintes et des mains courantes contre les policiers coupables. Ne nous trompons pas si la force l’emporte sur le droit à l’enceinte même des tribunaux, ça sera à coup sûr la fin du barreau et la fin de sa raison d’être.

 

 

 

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