La chienne qui exige qu’on la respecte

La chienne qui demande qu’on la respecte !

par Ettougourti Mohamed Ali

malinois

anglais

Akil , le sage en arabe, est le berger allemand abattu par les terroristes lors de l’attaque du musée de Bardo. Il faisait partie de la brigade canine de notre police nationale. Nous parlons d’un chien policier,  meilleur ami de l’homme, abattu lors de l’accomplissement de son devoir, courageux, sa mort est pour nous une leçon de bravoure, de courage, et de dévouement. 

Devant l’affliction et la profonde tristesse exprimées par le président de la république, qui est resté inconsolable, notre amie la France, en la personne de son ministre de l’intérieur, promit, question d’alléger tant soit peu notre douleur, de nous faire cadeau d’un autre chien, ce fut une chienne, nommée Jessi.

 Akil est mort vive jessi.  Jessi est un autre chien, plutôt une chienne, que notre police nationale compte engager pour un contrat à durée indéterminée. Bien de nos jeunes chômeurs peuvent légitimement envier Jessi, elle est bien chanceuse d’avoir trouvé du travail et un C.D.I par surcroit au bled.

 Akil était un chien berger allemand, Jessi elle  aussi est de la race des chiens berger mais elle est malinoise, belge. 
Quelle différence me diriez-vous ?
 Eh bien sachez pour commencer que le berger allemand, possède des qualités rares : intelligence, obéissance, vigilance, incorruptibilité.  Qualités difficile à réunir et à trouver même chez un humain. De plus, le berger allemand possède d’autres qualités rares : robustesse et flair hors pair. Le berger allemand est naturellement le chien titulaire de la police allemande. 

Quid de jessi la malinoise, la belge ? 
Le malinois, chien berger belge, possède presque toutes les bonnes qualités du berger allemand, obéissant au doigt et à l’œil à son maitre, incorruptible, grand sportif, il est certes moins imposant que le berger allemand, mais il est polyvalent il peut tout faire, il est volontaire , il veut tout faire.

 Faut-il regretter Akil ? 
Jessi, en bon chien malinois, nous dit-on peut faire de grandes choses mais non sans l’aide de son maitre. Jessi a aussi ce petit défaut : les cris et la brutalité peuvent faire des ravages sur son caractère et la rendre agressive, peureuse. Vous l’avez compris Jessi elle exige qu’on la respecte qu’on lui fasse confiance. Elle ne peut évoluer, sans qu’un climat de confiance de respect mutuel ne règne entre elle et son maître. 

Et c’est là que le bât blesse ! 
L’on craint déjà que notre amie Jessi ne soit mal dans sa peau dans notre police, dans notre pays. Parents, patrons, professeurs, juges, policiers, gouvernants, gouvernés, nous aimons crier les uns sur les autres, nous nous imposons généralement par la brutalité, nous préférons la force au dialogue, nous aimons commander sans amour, sans ménagements, sans retenue, sans empathie, sans états d’âme.

 Dans notre conception des relations humaines nous avons la ferme conviction que celui qui respecte l’autre est un faible : « ce n’est pas ainsi que sont les mâles. La hardiesse et même un peu de brutalité entreprenante les caractérise. Qui respecte trop n’est qu’un niais dont les femmes elles-mêmes ricanent entre elles » (Henri Fréderic Amiel).  C’est tout nous ça. 

Jessi est trop raffinée pour être « chien policier  »,  pour intégrer notre police nationale.  
Comment Peut-elle exiger de nous plus de respect que nous ne montrons à nos enfants, à nos épouses, à nos maitres d’écoles, à nos professeurs ? Nous crions sur nos enfants, sur nos femmes, sur nos hommes, sur nos maris, sur nos maitres d’école, sur nos professeurs.

 Décidément la nouvelle recrue est inadaptée aux mœurs du pays… 

Jessi est actuellement en formation, avec son nouveau maitre tunisien, en France. Mauvaise idée, très mauvaise idée, ne fallait-il pas plutôt l’acclimater à l’ambiance générale du pays, la ramener au bled, la former en local à coups de gueule et à coups de pied bien ajustés au ventre ?

 Faisons confiance à notre génie tunisien bien propre et à l’efficacité de notre système : Quelques mois passés au pays et Jessi sera vite l’une des filles du pays, elle perdra bien ses illusions, retrouvera vite ses vieux instincts de louve, apprendra à ne faire confiance à personne surtout pas à son maître, à montrer ses crocs en toutes circonstances,  à se défiler au devoir,  et surtout à se la couler douce, doucement le matin pas trop vite le soir, et à se laisser graisser la patte et à tirer profit de  ses talents hors pairs en les réservant aux plus offrants. 

Édifie par le triste sort de Akil, Jessi, pour peu qu’elle réussisse  son intégration dans le pays, ne sera pas aussi stupide que feu Akil, paix à son âme, pour se sacrifier pour ses maîtres. 

Quand bien même Jessi resterait la chienne qu’elle est, courageuse, intelligente, efficace, on sera vite tempérer ses ardeurs, la dégoûter de tout effort en gelant ses activités, en l’oubliant quelque part dans un placard pour chiens un peu trop compétents.

Pour moi je crois que nous devons plutôt nous contenter d’un sloughi, appelé aussi lévrier arabe, il court vite, très vite. En cas de danger imminent notre ami saura prendre ses jambes à son cou et disparaître en un clin d’œil. 

C’est tout nous ça !