Les lumières de la ville

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Les lumières de la ville

par Ettougourti Mohamed Ali

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Je me rappelle, lorsque j’étais jeune juge aux fins fonds du pays, que j’avais un mal fou pour joindre les deux bouts.
 La vie n’était pas particulièrement chère, le salaire que je percevais devait être un bon salaire pour l’époque, mais le ministère nous imposait  un standing et un mode de vie de snobs et donc forcément couteux.
Je me suis donc référé à mes supérieurs à qui j’ai fait part de mes doléances.
Leur réponse était des plus surprenantes.
On m’a conseillé tout bonnement d’aller voir monsieur untel, un notable de 
La ville, il est m’a-t-on assuré l’ami des juges, il vous viendra en aide.
Il était question pour mon « bienfaiteur » de bien vouloir m’héberger gratuitement dans sa maison d’hôte.
Je fus choqué et profondément humilié que mes supérieurs hiérarchiques de l’époque me poussent à la compromission en organisant ma corruption.

En réfléchissant et avec le recul j’ai compris leurs motivations sans les excuser. L’Etat n’avait pas les moyens d’assurer un logement de fonction ou de payer une indemnité de logement conséquente aux juges. Les notables à l’intérieur du pays ont gardé de toutes les façons la haute main sur les affaires de la région y compris sur la justice, pensaient-ils, il serait donc tout à fait normal de les servir tout en se servant d’eux.
Cette mentalité aussi pragmatique et réaliste qu’elle puisse paraitre a malheureusement imprégné le comportement de nos officiels depuis l’indépendance et jusqu’à nos jours. L’Etat et nos officiels ont tenu à sauver les apparences et à préserver le prestige de l’Etat, même si ce prestige n’est que pur subterfuge et simple leurre.
Ils ont pris la mauvaise habitude et le mauvais réflexe de fermer les yeux sur  les concussions et autres comportements douteux des fonctionnaires et des commis de l’Etat dans le seul but de sauver les apparences en faisant croire à qui veut bien se laisser convaincre que les services de l’Etat tournent normalement et sainement.
Cette même politique a sans doute persisté au niveau de la justice, mais aussi pour d’autres corporations et dans d’autres secteurs aussi importants et aussi névralgiques.
La conséquence directe est que l’Etat se trouve consciemment ou inconsciemment à l’origine de la propagation du phénomène de corruption et de malversation qui ne cessent d’enfler et de prendre des proportions inquiétantes.
 La révolution n’a pas mis fin à cette pratique et à cette façon d’agir de nos officiels. Certains sont toujours  à la recherche « d’amis » pour les juges, pour les policiers, pour les enseignants, pour eux-mêmes. Ils les veulent de préférence riches et généreux.  Tant il est vrai qu’on ne voit qu’un ami est sûr que lorsque notre situation ne l’est pas. (Cicéron).
Dans les lumières de la ville le riche ami a payé les frais de l’opération qui a permis à la fiancée de charlot de recouvrir la vue et de reconnaitre ainsi l'ami bienfaiteur et l'amoureux éperdu.
Espérons que nos riches amis suivent cet exemple et permettent à notre bien aimée, la Tunisie, de recouvrir la vue et reconnaître ainsi les amis riches bienfaiteurs et les patriotes sincères et fidèles. 
Pour le moment on a l’impression que les amis riches ne cherchent qu’à profiter de la cécité, des faveurs, et charmes de la belle fiancée.