Archives par mot-clé : droit

Lorsque le Droit Bavarde

Lorsque le Droit Bavarde

Par Ettougourti Mohamed Ali

bavardage

Un juge étale devant les écrans de télévision ses arguments : attestation médicale et autres preuves à l’appui  établissant de façon irréfutable le recours à la torture par l’enquêteur primaire pour extorquer les aveux du principal accusé dans une affaire de « terrorisme », se voit attirer les foudres du ciel et se trouve l’objet de toute une campagne de dénigrement…saluons au passage le courage de notre juge.

Un ministre présent sur le plateau de télévision, quelle mouche l’a piqué ?, s’est cru obligé de défendre les policiers tortionnaires.  Confondant   « Police » et, certains policiers, il s’est lancé dans un show de « m’avez-vous vu » évident, par lequel il espère glaner quelques points de popularité dans les sondages truqués : manipulation à deux sous qu’on ne voit que dans les plus mauvaises AG…Celles où les résolutions sont préparées d’avance.

Un honorable député se cabre, conteste et crie au scandale : mais alors on ne peut même plus malmener les accusés ? Faut-il  libérer un délinquant « terroriste » parce qu’il a tout simplement reçu quelques claques ? lance-t-il publiquement tout fier de trouver la parade ?!!!

Drôle de façon pour un député de glorifier la loi et de la défendre. Drôle de façon pour un député de défendre les droits et les libertés…

Terrorisme intellectuel contre   terrorisme tout court. Voilà une pratique  bien originale pour combattre l’obscurantisme, l’intégrisme, et le fondamentalisme.

Rendons à césar ce qui est à césar, la pratique dont il est question n’est pas tout à fait tunisienne, quoique nous en ayons acquis parfaitement la maitrise. Le  brevet  d’invention, et la licence d’exploitation nous ont été gracieusement concédés, offerts par les puissants de ce monde.

Justement. Des avions appartenant à l’un de ces puissants,  au fait d’où venaient-ils ?, ont bombardé dans un raid meurtrier une maison à deux étages, qualifiée de « repaire »  de terroristes se trouvant sur le territoire libyen, faisant  une quarantaine de morts.

Les tués sont présumés coupables de terrorisme, on leur impute les attaques de Bardo et de Sousse, le journal télévisé l’a affirmé...

La Télévision est devenue par la force des choses pour certains une nouvelle instance de justice des temps modernes.  Ses bulletins s’apparentent aux sentences de justice : on y trouve les faits, les chefs d’accusation, la sentence et l’exécution, seule la défense n’est pas citée, ni les paroles de l’accusé. Ceci s’explique aisément : l’affaire étant instruite, jugée, et la sentence exécutée par une seule et même partie, celle-là même qui produit le bulletin d’information final.

Evidemment là aussi il est interdit de contester, de critiquer, d’opiner. Nous sommes invités, acculés, chaque fois qu’il s’agit de « terrorisme », avéré ou présumé, d’abandonner tout esprit critique, d’acquiescer,  d’applaudir.

Que les criminels de ce monde, se le tiennent pour dit, que nos députés, nos ministres, nos responsables se le tiennent pour dit « entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maitre et le serviteur, c’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit » Henri Lacordaire.

Votre force sans justice, nous ne la voulons pas.  Faites que votre justice soit forte ou que votre force soit juste. Tout autre parole, tout autre acte, n’est que pur bavardage.  Il ne nous intéresse pas, il nous agace, nous éteignons nos télévisions, nous ne regardons plus les infos, ne suivons plus les débats, car  « Lorsque le droit bavarde, le citoyen ne lui accorde qu’une oreille distraite ». (Conseil d’Etat Français).